Les Leûps di Stimbiet (Les Loups de Stembert)

Les légendes ne naissent-elles pas de faits réels transformés en contes ou en histoires pour les rendre plus attrayantes, plus amusantes ou plus trépidantes à écouter ? Rien qu’en citant le surnom donné aux Stembertois, on évoque une légende : celle des « Leûps di Stimbiet », elle aussi tirée très vraisemblablement d’une banale histoire qui se passa il y a très longtemps. 

 

Le fermier et berger Matthieu habitait une ferme dans la campagne du Bronde. Il y élevait une quantité d’animaux qui lui permettaient de vivre malgré les temps difficiles que représentait la vie d’antan. Par un début de matinée, il découvrit, stupéfait, une brebis égorgée dans son pré. Matthieu se mit à interroger les gens du voisinage mais nul ne pouvait satisfaire à sa curiosité et le mystère de la perte de cet animal resta entier. 

Quelques jours plus tard, alors que le soleil déclinait et que l’obscurité envahissait ses prairies, le fermier Matthieu trouva une autre bête, gisant sur le sol, égorgée de la même manière que la précédente. Cette fois-ci, c’en était trop et Matthieu, très en colère, se rendit au centre du village afin d’y rencontrer les autorités locales et leur soumettre ses doléances. La perte de deux de ses bêtes constituait un manque et qui d’autre qu’un animal féroce aurait pu s’attaquer à ses brebis ?. Après avoir ameuté et rassemblé plusieurs hommes, et non des moindres, du village et après avoir tenu conseil au café « A Vî Stimbiet », les Stimbertins (les Stembertois) comme on les nommait à l’époque, décidèrent d’organiser une garde, jour et nuit afin de traquer la bête sauvage qui risquait bien de devenir une nuisance pour les autres fermes du village. 

Mais notre tueur était malin et très futé. Il osa s’en prendre à une troisième bête malgré les efforts déployés par les hommes pour le trouver. La coupe était pleine et le bourgmestre fut alors saisi de l’affaire qui prenait une grande importance. Il délégua le garde-champêtre pour prendre toutes les mesures qui s’imposaient en pareille circonstance, ce qui n’empêcha pas une quatrième brebis d’être égorgée, exactement comme les trois autres. 

Les Stembertois ne savaient plus à quel saint se vouer pour empêcher le massacre d’un cinquième animal. Il fut décidé que le boucher du village examinerait la dernière victime afin de donner une piste pour découvrir qui se cachait derrière ces abominations. Notre homme, après avoir longuement étudié la dernière carcasse, déclara sans l’ombre d’une hésitation que le responsable de tous ces événements ne pouvait être qu’un loup. 

La nouvelle se répandit dans le village comme une traînée de poudre et y créa un climat de panique : comment pouvait-il y avoir un loup à Stembert ? Cette fois, les choses étaient sérieuses et le bourgmestre décida d’organiser une grande battue, une chasse au loup. Tous les hommes disponibles dans le village, armés de fusils, de fourches et de bâtons, s’en allèrent à travers les chemins, les champs et les bois à la recherche de cette bête féroce. Après de longues heures de traque, au soleil couchant, éclairés par les premiers flambeaux qui s’illuminaient, ils finirent par repérer l’animal. Loin d’être simple cette chasse, le loup ne pouvait être facilement capturé et lorsque le moment opportun se présenta, lorsqu’il ne pouvait plus s’échapper, c’est le bourgmestre lui-même qui l’abattit. 

En un triomphal cortège, la joyeuse troupe des chasseurs ramena la dépouille du carnassier et l’exposa au pied du Perron de Stembert. Il était vrai que la bête était d’une taille exceptionnelle et il fallait la montrer, l’exposer à la vue de tous. La bête devait être observée de manière professionnelle mais Stembert ne comptait aucun vétérinaire. 

Les autorités locales firent ainsi appel à celui de Verviers qui vint examiner l’animal. L’analyse fut longue et fastidieuse et le vétérinaire s’aperçut, avec stupeur, qu’il s’agissait en réalité d’un grand chien et non d’un loup. La nouvelle fit grand bruit et se répandit dans toute la vallée. Et pour se moquer de la méprise des Stembertois, les Verviétois les surnommèrent « Les Leûps di Stimbiet ».

 

 

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