Le plan POPP et les propriétés de la famille « de Stembert »

La famille possédait beaucoup de terrains et de propriétés à Stembert, Heusy, Mangombroux, Jalhay,… pour ne citer que la région proche. Nous avons tenté de reconstituer leur domaine foncier mais, malheureusement, peu d’archives nous en parlent autrement qu’en bribes comme ce texte évoquant l’acte endommagé de la cour scabinale de Verviers, daté du 18 octobre 1409, où il est question d’un pré « qui gyst elle vaus devant la maison… de Stembert fils jàdis Hanier, que ledit Thomas Tient et acquit… ». Ce qui signifie que Thomas de Stembert, fils de feu Hanier, avait acquis un pré en face de sa maison.

Très aisée malgré le rang assez modeste dans la hiérarchie aristocratique, cette famille de la noblesse possédait des richesses. La preuve : la construction d’un manoir et l’acquisition, au fils des ans, de nombreuses terres comme en témoigne le plan POPP, du nom du néerlandais qui réalisa les cadastres des communes belges au XIXème siècle.

Ce fut en 1850 précisément qu’il réalisa les plans cadastraux de Stembert. En gris et en foncé sur la carte suivante, vous découvrirez un bref aperçu de leur patrimoine territorial, déjà probablement fort incomplet en ce milieu de XIXème siècle car d’autres terres, située en-dehors du plan, étaient toujours les propriétés des « de Stembert » en 1850 et d’autres furent léguées ou vendues au cours des siècles écoulés. Il est très plausible, à la lecture des récits de Monsieur Jean le Pas de Sécheval, avec les mariages et les alliances, avec les legs et donations, que l’étendue de leur domaine et de leurs possessions terrestres fut immense à leur apogée et qu’il n’est pas le moins du monde incohérent de parler véritablement de « règne » sur le village et la région.

Plan popp gif 01

La famille bâtit son manoir sur le terrain aujourd’hui occupé par Chanteloup et à proximité ; les parcelles 1454, 1455, 1456, 1457, 1458 et 1459 du plan POPP (détaillées sur le plan ci-dessous) le confirment. Il est difficile d’en avoir la certitude mais il est fort probable que ce soit leur premier choix de s’implanter juste en face de l’actuelle église qui n’était alors qu’un simple oratoire.

Plan popp 01 terrains

Construire une maison avant de déménager ne serait pas vraiment logique pour l’époque sauf peut-être au moment de leur arrivée. Il est aussi probable que le manoir se soit édifié en plusieurs phases : tout d’abord une bâtisse pour les accueillir et leur offrir un toit, puis un agrandissement vers une grosse ferme et être ainsi à la source de leur propre nourriture ou afin de produire pour vendre, améliorant ainsi la construction pour obtenir un manoir car les membres de la famille occupaient des postes à responsabilités bien rémunérés.

Nous en concluons que la famille « de Stembert » a choisi son terrain et y a érigé son manoir. Sans le mur du vieux cimetière ni la rue des Champs, il faut imaginer des prairies, une vue sans obstacle du manoir vers ce qui était l’oratoire avec seulement des arbres, de l’herbe, sans doute quelques croix en bois ou des tombes et peut-être un chemin qui séparaient les nobles de « leur » lieu de culte. Nous ne pouvons que supposer qu’afin « d’améliorer cette vue », la famille « de Stembert » a transformé l’oratoire en une chapelle plus belle à regarder et plus honorable pour cette famille bourgeoise qui, dans nos régions et à cette époque reculée, devait souvent s’en remettre à la divinité de Dieu.

Plan popp 02 vue manoir sur eglise

Dans les archives du marquisat de Franchimont, le Dr Tixhon découvrit cette fort intéressante et précieuse mention : « 1380, Massinet, frère de Hanin de Stembier, relève un demi bonnier de terre derrière le manoir de Stembiet, au lieu dit Esloy, par legs de son oncle Colette de Stembier et du gré de son frère Hanier ».

On constate de suite quelque chose de troublant : le nom de famille « de Stembier » et le manoir « de Stembiet », de même que le prénom « Hanin » cité comme « Hanier ». A chaque fois, des écritures différentes pour un patronyme identique. Bien que cela n’altère en rien l’histoire de la famille, c’est un point à signaler, preuve qu’à l’époque, les noms étaient moins bien considérés qu’aujourd’hui, ce qui ne nous facilite pas toujours les recherches. Ce texte nous apprend que par legs au sein même de la famille, les propriétés situées derrière Chanteloup, aujourd’hui propriété de « SCA Hygiene Products SA » (anciennement « Malbepap »), appartenaient aussi à la famille « de Stembert ». Cette section allongée nommée 1493 est reprise en clair sur le plan POPP ci-dessus avec, plus en détail, les parcelles 1454 à 1459 citées plus en avant dans l’article.

Et pour parler d’unité de mesure, un bonnier liégeois (appelé également Bounî ou Bonî) équivaut à 8.716 m². Le demi bonnier légué dans ce texte représente donc environ 4.358 m² ou 0,435 hectares. Une belle zone pour accueillir un manoir familial et les dépendances ou des écuries par exemple.

La généalogie de la famille « de Stembert » a été écrite par Monsieur Jean le Pas de Sécheval, comme nous l’avons déjà précisé. Si cette famille d’aristocrates « régna », comme l’auteur le transcrit, du XIVème siècle à la fin de l’Ancien Régime (équivalente à la révolution française soit jusqu’à la fin du XVIIIème siècle), nous pouvons être convaincus qu’elle s’installa chez nous dans la seconde moitié du XIIIème siècle et qu’elle continua une descendance bien au-delà de la fin des années 1790 puisque les « de Grady de Horion », devenus ensuite les « de Grady », possédaient les terrains du manoir des « de Stembert » jusqu’à la moitié du XXème siècle.

Les « de Grady », uniques successeurs et héritiers légitimes des « de Stembert », restèrent donc maître de leurs terres jusqu’à la première moitié du XXème siècle. Nous savons, via le plan POPP, qu’en 1850 (date à laquelle les relevés et plans de Stembert – terrains, habitations, prairies,… – furent établis) que les « de Stembert » résidaient à Liège mais qu’ils possédaient encore leurs terres à Stembert.

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Sur le relevé du plan POPP ci-dessus, nous constatons qu’en 1850, un dénommé Lambert-Arnold de Stembert, résidait à Liège et était le propriétaire des biens de la famille « de Stembert ».

En dehors du second prénom, tout correspond avec Lambert Marie chevalier de Stembert qui vécut de 1785 à 1867 à Liège (date correspondant avec le plan POPP de 1850), descendant de la branche des « Hubin de Stembert » et mécène du vitrail de l’église Saint-Servais à Liège. Il s’agit très certainement de la même personne, du dernier « de Stembert » trouvé par Jean le Pas de Sécheval pour la concep-tion de son ouvrage.

Nous savons également que ce sont les « Hubin de Stembert » (voir la rubrique « le rôle des Hubin de Stembert ») qui occupaient le manoir familial depuis 1632 – 1639 lorsqu’ils rapportèrent le vitrail placé en l’église des Récollets par Pierre de Stembert, voué de Verviers, dans leur maison de Stembert, eux qui perpétuèrent par la suite le patronyme de la famille.

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