La chapelle de la famille « de Stembert »

Nous ne pouvons pas dissocier entièrement l’histoire de la famille « de Stembert » de celle de notre paroisse stembertoise, les deux étant inévitablement liées. Avec certitude, nous pouvons affirmer que ce sont les finances de la famille stembertoise qui permirent l’édification d’une chapelle en lieu et place du simple oratoire chrétien qui se trouvait déjà sur ce que nous nommons aujourd’hui la place de l’église de Stembert, à savoir une étendue comprise entre les actuelles école Saint-Nicolas, rue Neuray, double-rond-point, l’arrière de la rue des Champs et rue de l’Egalité derrière le vieux cimetière.

Chapelle 02 vieux stembert eglise 01

Une amélioration du lieu de culte villageois, probablement pour lui donner un aspect plus honorable, peut-être aussi plus digne du rang de ses protecteurs. Mais les généreuses donations opérées par la famille de notables locaux servirent pareillement pour les agrandissements du bâtiment. Par exemple en vue de devenir église paroissiale avant 1591 ou en 1785 lorsque la tour, menaçant de s’effondrer, fut démolie et reconstruite en dehors du corps de l’église. L’argent des « de Stembert » permit aussi de multiples rénovations, tant après les passages des troupes, principalement lors des invasions protes-tantes dans toute notre région, que lorsque la bâtisse nécessitait entretiens et réparations.

Chapelle 03 en 1334

Chapelle 04 en 1591

Chapelle 05 en 1785

Chapelle 06 en 1856

Leurs histoires respectives étant profondément attachées l’une à l’autre et s’il est facile d’expliquer que les « de Stembert » finançaient l’église, comment présenter l’intervention de la communauté pour développer certains aspects de la vie de la famille « de Stembert » ? Là aussi, quelques textes anciens nous sont parvenus et aident à l’exploration et à l’éclaircissement de ce point loin d’être anodin.

Jean le Pas de Sécheval cite, tout au début de son premier ouvrage sur la famille « de Stembert » : « En fait, la généalogie des « de Stembert » ne peut être remontée avant la fin du quatorzième siècle, en la personne de « Hanier de Stembert », qui, selon un acte endommagé de la cour scabinale de Verviers, daté du 18 octobre 1409, apparaît être le père de Thomas de Stembert, connu jusqu’à présent comme premier degré de la famille ». Ce même Thomas de Stembert était également nommé « Thomas le Grand », un petit élément qui va revêtir toute son importance pour mieux comprendre la suite de la généalogie.

Ce texte nous apprend que si le dénommé Hanier de Stembert est le père de Thomas « le Grand » de Stembert, ce dernier doit alors être considéré comme le deuxième degré et non plus comme le premier comme il l’apparaissait.

En décortiquant encore mieux l’écrit, nous supposons que la fin du XIVème siècle signifie environ les années 1360-1400. Il serait trop irrationnel d’estimer les années précédant 1360 comme intégrant la fin du siècle.

Hors, dans son livre « 400 ans d’histoire de la Paroisse de Stembert et du démembrement de Heusy, Mangombroux et Surdents » publié en 1986, Arsène Buchet, historien et archéologue stembertois, cite : « De longue date, en effet, Stembert possédait une vénérable chapelle dédiée à Saint-Nicolas, évêque de Myre ». Un peu plus loin, il relate : « En 1357, un jardin d’environ un bonnier près du moustier à Stembert ». Nous savons qu’en wallon, « lu mosty » (ici le « moustier ») signifie le monastère, l’église. A cette date (1357), nous ne sommes plus vraiment en cette fin de quatorzième siècle mais plutôt vers son milieu et il s’agit d’une chapelle qualifiée de « vénérable », donc nous pouvons supposer que nous ne sommes également plus dans le contexte d’un simple oratoire chrétien.

De plus, un autre écrit important, celui de Jehan le Grand Jehan de Limbourg nous éclaire : dans son testament daté du 9 août 1334, il cite qu’il existait une chapelle à Stembert et que les membres de la famille « de Stembert » y enterraient leurs défunts.

Nous sommes donc sûrs qu’en 1334, l’oratoire chrétien était une chapelle et que la famille « de Stembert », bien installée dans son nouveau fief, avait pu se préoccuper de l’amélioration du lieu de culte, très certainement important à ses yeux. Ce qui amène l’hypothèse selon laquelle ils étaient installés dans le village depuis un certain temps. Nous ne pouvons imaginer, à l’époque, qu’une famille noble fasse ériger une chapelle sans avoir au préalable une maison voire un manoir digne de les accueillir et de les héberger.

Ce qui conforte pleinement cette thèse, c’est la fin de la phrase qui évoque qu’ils y enterrent « leurs défunts », terme utilisé au pluriel. Cela suggère que cette famille s’était implantée depuis quelques années dans le bourg. Nous pouvons tabler sur une arrivée probable et confirmée plus loin dans le récit (voir la rubrique « le début d’une illustre généalogie ») sur la fin du XIIIème siècle, dans les années 1290 ou plus tôt. Finalement assez loin de la fin du quatorzième siècle supposé par Jean le Pas de Sécheval.

Arthur Fassin cite qu’il n’y a pas d’archives précises concernant le cimetière avant 1591. Hors, nous savons qu’en 1511, Thomas de Stembert, fils de Jean Ier de Stembert (voir la rubrique « la tige cadette »), dans son testament, prévoyait « sa sépulture au cimetière de Stembert où reposent ses père et mère ainsi que sa première épouse ».

Généralement, un cimetière se trouve à proximité de l’église ou du lieu de culte, du moins pour les plus anciennes bâtisses et selon une « tradition » dans nos contrées. Nous évoquons ici l’ancien cimetière toujours existant mais dans lequel plus aucune inhumation n’est réalisée et jouxtant l’église Saint-Nicolas et non la nouvelle nécropole de la rue du Cimetière.

Chapelle 01 vieux stembert cimetiere

Si le cimetière stembertois est évoqué en 1511, nous savons qu’en 1334, la famille « de Stembert » y enterrait ses défunts. Plus en avant dans l’histoire, nous savons qu’aux IVème et Vème siècles, notre village fut colonisé par les Francs. Et si l’on en croit l’étymologie du mot « tombeu », il s’agit d’un endroit réservé pour un cimetière franc. Les rues du Tombeux et du Haut-Tombeux ne sont pas si éloignées de la place de l’église. Et si nous nous référons à nos connaissances, le manoir de la famille « de Stembert » se trouvait « en tombeu ». Et la demeure, nous le savons, se situait sur les terrains situés aux alentours directs de l’actuel Chanteloup. Le vieux cimetière de Stembert s’est probablement toujours situé autour de l’église d’aujourd’hui et de son actuelle place. Certainement de manière éparse à son début avant de se structurer dès 1591, année de la fixation de ses limites toujours d’actualité en ce XXIème siècle – 1591 étant également l’année où Stembert fut érigé en paroisse d’où l’obligation de structurer les limites de son cimetière.

Nous pouvons dire que les « de Stembert » ont largement contribués au développement de la chapelle et conséquemment de la chrétienté dans notre village. Ils ne possédaient pas l’église mais en étaient sans doute les principaux mécènes et ils l’ont transformée pour qu’elle devienne, au fil du temps, le bâtiment que nous connaissons aujourd’hui. Avec son cimetière établi à proximité, très vraisembla-blement sur les vestiges d’un ancien cimetière franc. Il ne serait pas du tout improbable que des Stembertois soient des descendants des Francs venus s’installer chez nous.

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