Histoires et Faits militaires

De par sa situation géographique surplombant la vallée et Verviers (Summa Villa en des temps reculés), à proximité de Limbourg et de Franchimont et étant sur la bonne voie pour relier la Prusse, les Pays-Bas et l’Est de l’Europe, Stembert a vu défiler un certain nombre de troupes militaires. Dans le livre de Fassin (écrit au XIXème siècle), celui-ci indique que ces passages provoquaient des périodes d’appauvrissement et quelquefois de désarroi pour les villageois car les denrées alimentaires pouvaient être réquisitionnées et les Stembertois n’avaient d’autre choix que d’héberger les soldats (pour une nuit ou plusieurs semaines). Des petites troupes d’éclaireurs aux passages d’armées, voici une liste des histoires et faits militaires qui touchèrent notre région et notre village et que nous avons retrouvés dans un mensuel « Lu Leûp » :

En 855 :

bataille dans la Campagne « des Slards » (aujourd’hui du Slar) entre Oger le Danois, pair de Charlemagne et des Lorrains.

En 1468 :

les 600 Franchimontois attaquaient, à Liège, le camp de Charles le Téméraire. Celui-ci fit piller la Marquisat de Franchimont dont Stembert faisait partie.

Entre 1618 et 1648 :

guerre de Trente ans.

En 1636 :

 

En 1673 :

 

En 1674 :

hébergement des troupes du Marquis de Leiden.

 

troupes françaises du Comte de Chavagnac.

 

le duc de Bournonville séjourne dans notre région. Le 22 mai, un campement fort de 2.500 à 3.000 hommes s’est installé à proximité de notre village. Le 11 juin, quand l’armée s’en va, les champs et prairies sont dévastés et il ne reste plus un grain aux villageois. De même, plusieurs maisons ont été démantelées (récit du 14 septembre 1675 signé par Hubert Remacle, « bourguemaistre » – bourgmestre – de Stembert).

En 1676 :

 

En 1678 :

milice allemande.

 

deux régiments de Louis XIV prennent leurs quartiers d’hiver. Le village est attaqué par une bande de soldats mercenaires commandés par le Comte de Salm (une chanson fut écrite à ce sujet - voir ci-dessous*).

En 1690 :

 

En 1695 :

 

En 1703 :

l’infanterie brandebourgeoise de l’armée dite de l’Eifel.

 

armée des Etats de Hollande.

 

le Duc de Malborough assiège Limbourg occupé par les Français et les Espagnols.

En 1705 :

 

En 1715 :

 

En 1735 :

les troupes revenant de Limbourg campent à Stembert.

 

troupes allemandes à Verviers.

 

un régiment de cuirassiers impériaux dit de Portugal venant des Pays-Bas et se rendant en Hongrie traverse la région.

En 1736 :

 

En 1745 :

deux compagnies de ce régiment de cuirassiers logent à Stembert.

 

en septembre, les Autrichiens, gardes à cheval hollandais, hussards du régiment d’Althan.

En 1746 :

 

En 1747 :

artilleurs autrichiens.

 

hussards ; régiment König ; dragons de Bathiany ; régiments de Lignes, de Lichtenstein ; grenadiers.

En 1748 :

 

En 1748 :

 

De 1748 à 1791 :

régiment Charles de Lorraine ; Wurtemberg.

 

en octobre, Traité d’Aix-la-Chapelle.

 

durant quarante-trois ans, la Principauté de Liège va connaître une ère de paix et de prospérité bien nécessaire.

En 1791 :

 

En 1792 :

détachement de cavalerie de Noailles, hussards français.

 

le 12 septembre, transport des bagages du régiment d’Orléans de Theux à Aywaille.

En 1813 :

 

En 1814 :

 

En 1816 :

 

De 1830 à 1914 :

 

De 1914 à 1918 :

 

De 1940 à 1945 :

 

Depuis 1945 :

passage d’une compagnie autrichienne.

 

troupes françaises puis des Alliés.

 

passage de deux compagnies hanovriennes.

 

nouvelle période de paix.

 

première guerre mondiale.

 

seconde guerre mondiale.

 

période de paix.

 

* A propos de l’attaque du Comte de Salm, une chanson, tirée d’un texte fait en vers par Quirin-François Lejeune (imprimeur stembertois) pour relater cette journée, fut écrite sur le choc ou combat arrivé l’an 1678, entre les paysans des villages de Stembert et d’Ensival, avec cinquante Bourgeois de Verviers, tous unis contre mille Dragons allemands, sur l’air de Stetin (air inconnu de nos jours).

1

Messieurs il est très raisonnable

Que nous chantions tous la mémoire

De ce combat si remarquable

Dont nous avons acquis la gloire.

Dans le village de Stembert,

L’an mil et six cent et septante et huit

De Septembre le huitième jour

De nos paysans on vit la bravoure.



3

Ces dragons marchaient au plus vite ;

Mais en approchant de Stembert,

Ils tournèrent tout aussi tôt bride.

Nous approchant pour venir voir

Si nous avions le vouloir

De leur livrer au plus tôt le passage ;

Mais nous leur avons répondu :

De notre comte il nous est défendu.



5

Mais comme ils étaient à grand nombre

Contre si peu de paysans,

D’autre côté le grand encombre

De cris de nos femmes et enfant,

Nous fit combattre en retirant

(A corps perdu) dans le cimetière,

Déchargeant très bien tour à tour,

Avons combattu, attendant secours.



7

Nous reprîmes nouveau courage,

En criant tous : Vivat, vivat ;

Ce jour nous aurons l’avantage,

Puisqu’il est venu au combat

Nôtre comte, à dieu tous nos maux,

A dieu, à dieu, combattons pour sa gloire,

Et pour notre patrie aussi,

Puis que Lynden nôtre Maître est ici.



9

Nous avons eu une vingtaine

Tant de tués que de blessés ;

Entre autre nôtre Capitaine,

Qui est mort et très regretté.

Car il avait bien démontré

Qu’il était Officier de courage ;

Car du côté allemands

Il y resta cent Dragons sûrement.

2

Ce renommé comte de Salm,

Qui conduisait mille allemands,

Tous dragons de grand bruit et fâme

Pour ruiner les paysans,

Sur Jalhay faisant semblant

De s’en aller il courut au plus vite

Pour tirer contribution

De ces paysans sans droit ni raison.



4

Le comte de Salm au plus vite

Permit pied à terre aux dragons,

Croient nous faire mettre en fuite

Et abandonner nos maisons ;

Mais comme braves champions

Nous les avons reçu de telle sorte,

Que je crois que ces allemands

De ce combat se souviendront longtemps.



6

Mais les paysans d’Ensival

Et cinquante Bourgeois de Verviers

En renversant homme et cheval

Accoururent pour nous secourir.

Nous combattîmes jusqu’à la nuit

Comme bons soldats remplis de courage ;

Pendant ce combat si extrême

Il survint nôtre comte de Lynden.



8

Le comte écrivit une lettre

Au comte de Salm à propos,

Afin de lui faire connaître

Qu’il nous traitait mal à propos.

Qu’il se retirât d’un plein saut

De son domaine et de ses héritages,

Ou qu’il manderait ses paysans,

Qui le tueraient et ses allemands.



10

Ne revenez plus à Stembert

Salm, avec tous vos allemands ;

Je crois que vous aurez mémoire,

Qu’il y a là des paysans,

Dedans Ensival mêmement

De bons soldats d’une adresse nonpareille,

Et dedans Verviers de renom,

Tout à l’entour de vaillants Champions.

Il est possible qu’une autre chanson, plus ancienne encore, vit le jour mais nous n’en avons que le refrain ou une partie de celui-ci : « Salme, Salme, tu te souviendras, Qu’à Stembert sont de bons enfants ».

Petite histoire des Comtes de Salm et leur passage à Stembert 

L’histoire nous raconte que la famille des Comtes de Salm est issue de l’ancienne noblesse lotharingienne représentée par des membres au service des souverains Francs et Saxons. Elle apparaît dès 899 avec le comte Wigerich qui fréquente la cour du dernier roi de Lotharingie. A la mort de celui-ci en 900, il passa au service de Charles III le simple qui épousa en 907, la nièce Kunigunde de Henngau. Il porta les titres de Comte de Trèves (Trier), Comte d’Ardennes, et vers 916, celui de Comte Palatin de Lorraine. De père en fils et en petit-fils, les successions Wigerich se firent et en 955, Sigfred échangea l’abbaye de Saint Maximus de Trèves, pour des portions de territoire dans le but d’édifier au lieu-dit Lucillinburhuc, un château et une agglomération dont il adopta le nom en 963. Il fut le premier à porter le titre de Comte de Luxembourg.

La dynastie de Salm Ardenne fut fondée par Giselbert, petit-fils cadet de Friederich. Lorsqu’il eut atteint sa majorité, son père lui attribua un territoire au nord des Ardennes. Les limites touchaient la puissante Abbaye de Stavelot, la ville épiscopale de Liège et la ville impériale d’Aix-la-Chapelle. Il prit le nom de la rivière Salm et devint le fondateur d’une nouvelle dynastie, sans pour autant résider sur le territoire. La famille des Luxembourg - Salm représente, au Xème siècle, un clan dont les membres règnent bien au-delà de la Lotharingie : de Metz à Anvers, de Reims à Cologne. Les principaux membres accompagnent les souverains à la cour comme lors de leurs expéditions militaires. La première dynastie des Salm en Vosges s’éteignit en 1594, par la mort de Jean IX, sénéchal du duc de Lorraine. La famille accéda au rang de prince en 1623 à la suite de la conversion au catholicisme de Philipp Otto de Salm, Comte Sauvage du Rhin. En 1647, le Comté de Anholt en Westfalen entra dans les possessions familiales par le mariage de Léopold Philipp Carl de Salm avec Anna-Maria, l’héritière du Comte de Anholt. 

Stembert connut plusieurs passages de troupes car le village se trouvait sur le chemin entre Limbourg et Franchimont. Un écrit du 14 Septembre 1675 et signé par Hubert Remacle, Bourgmestre de Stembert, nous donne le récit des passages de troupes des années 1673 et 1674, menée par le Comte de Chavagnac et ses hommes. En 1674, au 22 de May, la commune fut subitement surprise de voir le campement d’une armée forte de 2.500 à 3.000 hommes conduite par le Duc de Bournonville. Le 11 juin, quand ils repartirent, il ne restait plus de grains dans les champs et les prairies, sans compter le démantèlement de plusieurs maisons. Tout l’environnement entre Jalhay et Stembert était infesté de nombreux pillards, si bien que Stembert et Jalhay voulaient établir une tour de garde entre les deux villages. Mais en 1676, une troupe allemande ayant encore infligé l’exécution militaire à tout le ban, Stembert, Jalhay et Verviers s’armèrent et parvinrent à mettre ces milices en fuite. 

Les Comtes de Salm passèrent à Stembert en 1678, cela reste le fait militaire le plus important de cette année-là, un combat qui eut lieu entre les paysans des villages de Stembert et d’Ensival avec 50 bourgeois de Verviers contre mille dragons allemands « récit détaillé au chroniqueur Nautet ». Les bandes de troupes mercenaires, attachées aux armées belligérantes continuèrent à rôder dans le pays, volant et pillant partout où la résistance ne se montrait pas en mots, faisant le métier de vils et lâches brigands. 

Un de ces corps francs, composé de cavalerie et d’hommes à pied sous les ordres du Comte de Salm se disant au service de l’Empereur, se présenta inopinément vers midi le 8 septembre 1678, venant du côté de Halleur, à la barrière de Stembert (dans l’actuelle rue de Hèvremont). 

Le Comte ayant fait appelé le bourgmestre, lui demanda avec une déférence hypocrite, l’autorisation de traverser le village pour se rendre à Verviers. Le Magistrat, pénétrant les mauvais desseins de ce chef, lui objecta que le chemin le plus court, le plus propre pour aller à Verviers, n’était pas celui qui traversait le village et qu’il n’avait pas le pouvoir de donner cette autorisation qui dépendait de la volonté de Monsieur le Comte de Lynden, gouverneur du Marquisat de Franchimont, auquel il allait en référer par l’envoi d’un courrier qui serait, disait-il, de retour dans une heure. 

En attendant, pour capter ses bonnes grâces et l’engager à prendre une autre direction, le bourgmestre de Stembert lui offrit 30 écus que le Comte de Salm accepta sans se faire prier. Il se montra si charmé des bonnes manières du magistrat qu’il consentit à suspendre la marche de ses troupes jusqu’au retour du courrier. 

Mais l’adroit bourgmestre, au lieu d’expédier son messager au Comte de Lynden, l’avait adressé au magistrat de Verviers en lui recommandant de prendre sans délai les mesures nécessaires pour repousser les brigands pendant qu’il amusait leur chef. Avec une promptitude qui témoignait de son courage, la milice bourgeoise se mit incontinent sous les armes et marcha résolument sur Stembert. Des habitants d’Ensival et de Heusy se joignirent à la petite troupe qui trouva le gros des soldats du Comte de Salm dans la même position mais s’apprêtant à franchir la barrière, s’apercevant sans doute qu’il avait été joué par le bourgmestre. Les pierres de cette barrière qui marquaient la limite entre Stembert et Limbourg ont disparu à la construction de la route de Hèvremont. Elles étaient à l’endroit de la maison « Wilkin ». 

Les Stembertois et les Verviétois tenant leurs rangs serrés, les abordèrent par une décharge générale de mousqueterie à laquelle les ennemis répondirent. Pour éviter un nouveau feu, ils s’avisèrent à l’instant d’un stratagème qui leur réussit ; ils prirent un petit garçon du village et le lièrent à la barrière. La milice, dans la crainte de tuer l’enfant, se vit obligée de remettre l’arme au bras. Les soldats saisirent ce moment d’inaction forcée pour s’introduire dans le village et le piller, tandis qu’une partie de la milice bourgeoise bloquait les avenues de Stembert, poussant l’ennemi vers le cimetière (l’ancien situé derrière l’église). Nos hommes s’établirent dans la tour et aux fenêtres de l’église. Une fusillade bien nourrie se soutint pendant plus d’une heure et coucha par terre plus de 50 soldats tués ou grièvement blessés. On faisait monter la force du régiment à près de mille hommes qui fuyaient lâchement, effrayés de la fière détermination des Stembertois et Verviétois. Le Comte de Salm ne fut pas des derniers à prendre la fuite. On les poursuivit dans la campagne où l’on en blessa encore plusieurs. Des habitants de Stembert et de Heusy trouvèrent la mort dans ce combat. Un vieil homme appelé Guillaume Zinck fut tué sur la campagne de Stembert et avec lui, un garçon, fils à Gillet Wassay. Cette poignée de héros paya cher sa victoire : 23 morts et 4 blessés. Certains décédèrent sur place : Léonard Jardon, Collin Jaspar, Jean-Jacques Polis, Remacle Lenoble, Jean Gadron, Thomas le Grand Henri, Anno de Theux, Serva Simon de Wergifosse, Pyra Guerné, Pièrre Pirnay et Gillet le Fouet.

Dans la nuit du 13 au 14 septembre, le capitaine Nicolas le Kaisin de Heusy décédait des suites des blessures de la bataille. Il était le capitaine de la milice de Stembert mais résidait à Heusy. Le Magistrat de Verviers ordonna que ses obsèques soient célébrées aux frais de la Ville dans l’église de Stembert où il reçut la sépulture. Il y eut aussi un jeune homme de Verviers, Piron Sougnez, fils à Gérard Sougnez, prêt à recevoir l’habit de Capucin. Il était monté sur la tour de l’église de Stembert où il reçut une balle dans l’œil au moment où il visait un brigand. On l’enterra avec distinction dans l’église des Pères Récollets de Verviers. 

On raconte que deux habitants, postés dans la tour de l’église, virent un soldat ayant en croupe la femme de l’un d’eux. Le compagnon du mari, excellent tireur, lui demanda la permission de coucher le soldat en joue. Le pauvre homme, qui préférait voir son épouse morte plutôt qu’à la merci de cette soldatesque corrompue, accéda facilement à la demande. Celui-ci vise, le coup part et, dans un nuage de fumée, on voit, à la grande surprise de tous, le soldat tomber raide mort sous les pieds de son cheval et la femme s’enfuir saine et sauve. 

La même année 1678, un soldat des troupes campées à Verviers avait fait la connaissance d’une jeune fille de Juslenville. Il la maria après avoir déserté. Malheureusement, il fut repris à Theux après quelques mois, amené à Verviers où on le pendit place du Marché malgré les pleurs et les supplications de sa jeune épouse. Son cadavre fut jeté sur une charrette et transporté à Heusy où on l’attacha à un arbre voisin du « Champ des oiseaux ». Quirin Lejeune a fait, en vers, le récit de cette journée, qui fut mis en musique sur l’air de Stetin...( ?) à l’Imprimerie Stembertoise J B Depouille. Mais il existe un refrain de 2 lignes, peut-être est-ce le refrain de la chanson ? 

 

 

 

 

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